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Avec seulement 25% de la population couverte par les émissions DAB, la France fait figure de mauvais élève européen en matière de déploiement de la radio numérique. Entre les réticences des opérateurs traditionnels et le manque de dynamisme affiché par les politiques, la France affiche un retard conséquent en la matière. Explications.
13 ans après les premières émissions expérimentales de radiodiffusion numérique réalisées par TDF à Paris, le dossier du développement du DAB n'a guère avancé. En tout cas sur le terrain, car sur le papier, les déclarations d'intention de la classe politique ne manquent pas. Aujourd'hui, avec seulement 25% de la population couverte, soit moins que l'Allemagne il y a 6 ans, la France fait pâle figure face à certains de ses voisins européens en matière de déploiement du DAB. Et pourtant, la technologie à de quoi séduire : une réception parfaite du programme en qualité numérique, la possibilité de multiplexer plusieurs programmes sur une même fréquence, et du coup élargir l'offre de programmes, données associées. Problème : en raison du multiplexage et du coût lié à la diffusion de ses programmes, le CSA délivre des autorisations à des blocs comprenant plusieurs programmes et dont la diffusion est assurée par un seul opérateur. Il en résulte une procédure administrative alourdie, risquant de pénaliser les stations locales et régionales. En juillet 1996, le CSA avait manifesté sa volonté de délivrer des autorisations d'émettre à des services audionumériques pour une durée de 5 ans. En 1998, interrogé par des stations locales lors d'un colloque sur la radio numérique à Toulouse, Pierre Wiehn, alors en charge des radios privées au CSA avait expliqué que le CSA était "dans l'impossibilité d'imposer aux ensembliers la diffusion de radios sans qu'il y ait eu un accord préalable". En clair, les radios devaient se rapprocher des diffuseurs candidats à l'attribution d'un bloc pour espérer continuer à exister en numérique.
En 1999 sont mis en service quelques blocs DAB à Paris, Lyon, Marseille, Toulouse et Nantes. Parallèlement, le Ministère de la Culture, sous la houlette de Catherine Trautmann, met en place un Livre Blanc consacré au développement de la radio numérique en France. Les conclusions de ce Livre Blanc finiront dans les placards du Ministère, tandis qu'en septembre 2000, le CSA lance un nouvel appel aux candidatures en DAB sur l'Ile-de-France, en application de la loi du 10 avril 1996 relative aux expérimentations dans le domaine des technlogies et services de l'information. Cet appel aux candidatures est un véritable succès : pas de moins de 26 blocs ont été demandés, représentant plus de 200 programmes différents. Tous les grands groupes nationaux, de Lagardère à NRJ Group, ainsi que de nouveaux entrants proposèrent alors une duplication des programmes existants mais surtout des dizaines de programmes thématiques originaux. Cet engouement laissait espérer un avenir radieux pour le DAB en France. Fin décembre 2001, le CSA retient 9 blocs dont la plupart ne démarreront jamais leurs émissions. Aujourd'hui, l'offre de programmes se limite à la reprise des stations de Radio France et à un bloc privé exploité par VDL. En clair, pas de quoi inciter le moindre auditeur à investir dans un récepteur DAB, alors qu'il reçoit déjà ces programmes sur un poste traditionnel en FM.
Et pourtant, chez nos voisins anglais et allemands, la radio numérique connaît un engouement croissant depuis de longs mois. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène : d'une part, une offre abondante de programmes originaux et inédits mais surtout une bonne couverture du territoire. En Angleterre, où 85% de la population est couverte par le DAB, la BBC a lancé cinq programmes destinés à la seule diffusion numérique, tandis que près de 60% des programmes sont exclusivement diffusés en DAB. Outre-Manche, devant le succès rencontré par la radio numérique, certains opérateurs, dont Classic Radio, demandent qu'une date définitive d'abandon des émissions radio analogiques soit fixée par le gouvernement, à l'instar de la TNT. Pour leur part, les industriels prévoient qu'un million de récepteurs numériques seront vendus d'ici fin 2004. En Allemagne, la couverture de la population atteint 78%. Les radios de service public, mais également les stations privées régionales déclinent leurs programmes en diffusion numérique. Il faut dire que le gouvernement a pris une décision politique forte, en planifiant la fin de la transition vers le numérique et l'abandon de l'analogique pour 2015.
Et en France ? Le Ministère de la Culture et de la Communication a mis en place en avril 2003 au sein la DDM (Direction du Développement des Médias) un groupe de travail chargé de définir un cadre juridique afin d'accompagner le déploiement et le développement de la radio numérique. Les conclusions de ce groupe de travail n'ont toujours pas été publiés, mais Jean-Jacques Aillagon, Ministre de la Culture et de la Communication, multiplie les décalarations de bonnes intentions. "La radio est à une étape charnière de son développement", expliquait ainsi le Ministre le 13 janvier dernier lors de la séance d'initiative parlementaire sur la communication et la presse en France. Il a également expliqué que "le groupe de travail conduit par le directeur du développement des médias en liaison avec le CSA remettra, dans les prochains jours, une proposition d'adaptation de notre législation destinée à permettre le développement de la radio numérique". De son côté, le Comité DRF, créé à l'initiative de nouveaux opérateurs autorisés en ondes moyennes, oeuvre activement pour le déploiement de la radio numérique et la numérisation des ondes moyennes avec le procédé DRM. Mais là encore, deux ans après l'ouverture de l'appel aux candidatures sur les ondes moyennes, les futurs opérateurs se heurtent à l'incroyable lenteur du CSA qui n'a toujours pas publié les autorisations d'émettre en régions.
Reste encore à légiférer, et en la matière il est probable qu'un véritable bras de fer s'engage entre les opérateurs traditionnels et les pouvoirs publics, à l'image des difficultés rencontrées pour le déploiement de la TNT. Les opérateurs dominants le marché de la radio analogique voient en effet d'un mauvais d'oeil l'arrivée de nouveaux entrants, multipliant l'offre de programmes et réduisant de fait leurs parts de marchés. Il semble que seule une volonté politique forte, à l'instar de l'Allemagne, puisse désormais permettre à la France d'occuper une place de premier plan en Europe dans le domaine de la radio numérique. Cette volonté devrait s'exercer non seulement auprès des opérateurs et des diffuseurs, mais également auprès du secteur industriel afin de favoriser la conception, la fabrication et la distribution de récepteurs multistandards (AM, DRM, DAB, FM) à grande échelle et à des coûts abordables pour le grand public.



Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
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