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Alors que vient de se tenir à Paris l'assemblée générale du consortium DRM (Digital Radio Mondiale), Sylvain Anichini, directeur général adjoint chargé des techniques et des technologies nouvelles à Radio France, a confié à RadioActu son point de vue sur la prochaine numérisation de la diffusion radio.
RadioActu : Où en est aujourd'hui Radio France par rapport à la numérisation de la diffusion et notamment par rapport à DRM?
Sylvain Anichini : La numérisation de la diffusion, c'était la plus petite partie de notre problème. Aujourd'hui, il faut alimenter les réseaux numériques. Diffuser, c'est plutôt le problème de Thales et des fabricants d'émetteurs. Pour Radio France, une société de 4000 personnes avec 80 studios à Paris et 80 studios en Province, il faut avoir un système cohérent pour fabriquer des produits, qui eux, tirent partie des réseaux numériques. Alimenter un système de diffusion, le faire de manière cohérente par rapport à ce que peut offrir ce nouveau service et de manière économiquement viable, voilà ce sur quoi nous travaillons aujourd'hui. Le plus complexe, c'est d'amener des gens dessus, c'est-à-dire d'initialiser le réseau. Aujourd'hui, on obscurcit complètement la problématique d'initialisation d'un réseau. Si vous lancez une nouvelle radio sur la FM, l'auditeur peut facilement tomber dessus, contrairement aux nouveaux réseaux. Là, il va falloir que l'auditeur fasse une démarche active pour acquérir le service. Et ça, n'importe quel professionnel avec une expérience dans le lancement d'un service nouveau, le sait. Aujourd'hui, une société comme Radio France, qu'est-ce qu'elle peut faire? Elle peut utiliser ses propres antennes pour "initialiser" les gens mais ça n'est pas tout. La problématique de lancer le service est en réalité une problématique purement informative, je dirais "commerciale".
RA : Les pouvoirs publics ont aussi un rôle à jouer dans ce domaine, pour faciliter le développement de la radio numérique ?
S.A. : Les pouvoirs publics ont beaucoup donné pour la TNT. Là, il y avait beaucoup de ministres impliqués sur la TNT. Pour la radio numérique, il faudrait aussi y penser maintenant. Cela nous ramène à la question de savoir si la radio en général est assez puissante pour initialiser un réseau spécifique à elle toute seule. Et je parle de la radio d'une manière collégiale. Le service public de radio tout seul n'aura pas la puissance pour initialiser un réseau de radios. Je crois qu'il faut d'abord lancer le service, la concurrence se fera ensuite à l'intérieur d'un service lancé. On ne va pas avoir des gens sur un service qui va être lancé par Radio France, puis à côté un autre service lancé par RTL ou par Europe 1, ça n'a pas de sens. Nous avons déjà gommé cela. D'ailleurs, Radio France a beaucoup modifié ses positions à l'intérieur du média radio, depuis quelques années.
RA : C'est-à-dire que Radio France communique davantage avec d'autres opérateurs privés ?
S.A. : Oui, tout le temps. Notre souci est de savoir comment nous allons amener les gens à leur faire savoir qu'un nouveau service existe et à acheter un terminal. Il faut que nous puissions déclencher une opération d'achat chez les gens. Il faut être pragmatique : si vous allez dans un supermarché, vous avez le choix entre un récepteur de radio à 60 ou à 70€, et puis à côté vous avez le décodeur TNT qui est offert quand vous achetez un écran LCD de 50 cm... Vous comprenez que la situation est difficile. Donc cet horizon-là qui reste mal dégagé aujourd'hui, c'est cette partie-là qui est, c'est vrai, peut-être très en avance par rapport au reste, mais c'est celle-là qu'il faut considérer. Nous nous focalisons là-dessus.
RA : Il y a aussi un travail important qui est fait par DRM au niveau commercial notamment par Michel Penneroux. Et Peter Senger en est conscient lui aussi, de cette problématique-là...
S.A. : Bien sûr. Mais nous, nous avons une approche plus large. Nous nous sommes déjà mis en position de fabriquer les produits. L'industrie lourde que nous avons mis en place en amont et qui a consisté à moderniser cette entreprise, fait qu'aujourd'hui tout est en numérique à Radio France. En revanche, je peux tenir pendant 15 ou 20 ans à fabriquer un produit sans que personne n'écoute. Ca prendra peut-être 10 ans pour initialiser le réseau. Si au bout de 2 ans, quelqu'un vient me voir en me disant que je n'ai pas assez d'auditeurs, ça ne me sert plus à rien de produire. Radio France peut diffuser en AM, ce qui est le cas aujourd'hui, pendant 20 ans, avec une audience qui baisse et un réseau qui se désinitialise. L'AM aujourd'hui s'abandonne. Par contre, pour ceux qui ont eu des autorisations en AM il y a 2 ans, c'est très douloureux actuellement. Pourtant on y entend des bonnes choses. Ici, nous inscrivons DRM dans le temps : 10 ans, 20 ans, même 30 ans. Nous nous inscrivons dans un processus d'initialisation, de zéro d'un côté, et de l'autre, de migration de choses qui marchent déjà. Donc il faut se mettre en position de tenir. Ce n'est pas un sprint que nous faisons, c'est un marathon, une course de fond. Nous avons été très discrets sur la diffusion numérique de 1999 à aujourd'hui. Mais nous étions dans toutes les expérimentations et nous n'en avons pas raté une seule. Chaque fois, nous avons testé et regardé ce qui nous manquait en amont pour alimenter le tout. Aujourd'hui, nous avons une base de données, et nous pouvons diffuser demain en DVB simultanément. Nous avons mis au point un système qui nous permet, sur les sites d'émission, d'alimenter un émetteur DRM, DAB et DVB. C'est cela qui est terrifiant, c'est que, quand vous raisonnez à 5 ou 10 ans, la norme va supporter des tas de modifications. Et c'est donc en amont qu'il faut intégrer notre système.
RA : Mais à un moment donné, il va falloir s'arrêter sur un standard, sur une norme...
S.A. : Et bien nous nous sommes arrêtés sur le standard le plus répandu au monde. C'est IP, Internet Protocole. Il n'y a que ça dans à Radio France. Ensuite, il faut le format de description, le XML. Ensuite, avec les données, je peux imprimer un journal, je peux faire ce que je veux. Et ça, ça a été très dur à passer à Radio France parce que ce sont pas des standards broadcast, ce sont des standards informatiques. On vous oppose toujours l'informatique. Sauf qu'aujourd'hui à la Maison de la Radio, il y a 500 serveurs de production, c'est la plus grosse installation informatique en production radio, il y a plus de 1200 postes de montage qui fonctionnent simultanément, 2000 terabytes de stockage numérique. Bien sûr il y aura toujours des gens qui regrettent ce qu'il y avait avant. Personnellement, je regrette les radios libres par exemple, c'est normal.
RA : Pour en revenir au DRM, quel est le calendrier que vous vous êtes fixés à Radio France ?
S.A. : D'abord, il faut savoir qu'ici nous étions très partisans d'une décision qui est maintenant adoptée, à savoir, d'étendre l'usage de DRM au-dessus de 30 MHz. Parce qu'il ne faut pas oublier la technologie que l'on a à disposition. La technologie, elle marche comme cela : ce sont les gens dans la rue qui la font, ce ne sont pas les ingénieurs. On cite souvent l'exemple des SMS qui étaient faits au départ pour les professionnels et pour les cotations en bourse. Quand les gens s'approprient une technologie, vous pouvez être sûr qu'elle va marcher. Il faut donc rester très modestes. Radio France participe à l'ensemble des technologies qui peuvent améliorer la diffusion de la radio, ça c'est clair. Nous ne sommes pas sectaires du tout dans le choix de l'une ou de l'autre, c'est une autre stratégie excessivement claire. En radio, il faut être présent partout où l'on peut avoir de la radio. Si quelqu'un, au fin fond de la Chine ou de la Mongolie Orientale, invente un terminal dans lequel on peut restituer du son, nous serons dedans. Je ne connais pas encore cette personne mais ça ne fait rien, nous serons dedans. Nous partirons du réseau IP et XML. Parce que nous savons que de toute façon, ce sera le moyen d'aller jusqu'en Chine pour 0 euro, 0 centime. Donc c'est très important de produire nos programmes et d'être capables de les amener partout et alimenter des mini-systèmes de diffusion. Pour en revenir au DRM, je pense que nous allons bientôt trouver les moyens, nous en avons déjà la volonté. Par contre, ce qui est plus compliqué, c'est de l'alimenter avec un nouveau programme. Nous en avons 7 ou 8 en préparation et nous aimerions vraiment avoir un programme adapté. La plupart du temps, les auditeurs qui vont commencer à "s'initialiser" sur ce nouveau réseau vont être les aficionados, des gens qui ont Internet depuis 10 ans. Mais eux, je dirais qu'ils ne comptent pas pour nous. L'autre catégorie au milieu, ce sont les jeunes mais ce n'est pas là où nous sommes le plus à l'aise, même si Le Mouv' est une réussite. Donc nous sommes face à un problème, car par définition, la cible qui va s'initialiser en premier n'est pas notre coeur de cible. Là, nous sommes vraiment en concurrence avec d'autres radios comme NRJ ou Skyrock. Il y a une erreur qu'il ne faut jamais faire, c'est sous-estimer les gens. Pour nous, n'importe quelle personne qui fait de la radio est un concurrent potentiel, c'est très clair. Et nous avons beau nous appeler Radio France, il se trouve que nous partons tous à zéro sur ces nouveaux réseaux : zéro terminal, zéro auditeur. Mon objectif, c'est évidemment de donner le maximum de chances à Radio France, c'est normal.
Si nous démarrons en numérique, nous le ferons avec un produit nouveau, une nouvelle idée et notre idée, c'est de devenir leader. Nous ne partons pas en challenger. Encore une fois, nous sommes tous à égalité. Zéro terminal, zéro auditeur : c'est génial! Vous vous rendez compte? Une donne comme ça, ça n'existe pas. Nous sommes présents partout, en AM et en FM. Là en numérique, nous n'existons pas. Un challenger, il doit être dynamisé au maximum. Nous essayons de dynamiser les gens en interne à la Maison de la Radio en disant que c'est une nouvelle aventure, qu'il faut démarrer de zéro. Cette entreprise a quand même une caractéristique essentielle : elle a des ressources internes gigantesques, contrairement à d'autres sociétés de service public. Ici, je ne sais pas encore qui va se lancer dans l'aventure mais ce que je sais déjà, c'est qu'ils sont dans là... Une autre question que l'on se pose aussi, qui est assez originale : est-ce qu'il ne faut pas adapter le produit au réseau de diffusion? Ca fait partie des réflexions du moment. Nous sommes dans une excitation totale. Avec aussi la chance d'avoir un PDG qui comprend bien tout cela. Franchement, ce que va faire Radio France aura un poids sur ce que va faire la radio en France, comme ce que fera TF1 aura une influence sur ce que fera la télévision. Je pense aussi que la radio est un média qui va souffrir dans l'année 2005. 2005, c'est une année télé : quand vous lancez vingt ou trente chaînes d'un coup, les gens vont aller regarder, au moins une fois. Dans les mois qui viennent, le média radio va encore baisser. C'est pour cela qu'il faut se mettre dans une course de fond. Nous ne nous replions pas, au contraire nous devons avoir une technique de "boxeur pied agile". Nous allons attendre, esquiver, puis "placer quelques coups" là où il faut. Nous avons confiance dans notre produit et nous avons confiance dans la radio.
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
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