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03/10/2006

Radio numérique - Les dessous du Groupement pour la Radio Numérique

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Alors que le Groupement pour la radio numérique vient de se rassembler en urgence pour présenter au CSA sa vision sur la radio numérique, RadioActu analyse le "pourquoi du comment" et éclaire sur les dessous de ce regroupement soudain.

La création récente du Groupement pour la Radio Numérique étonne toute l'industrie de la radio. En fait, ce groupement n'est pas véritablement un moteur bien huilé pour un éventuel lancement de la radio numérique. Au sein de ce Groupe, tous les protagonistes sont concurrents et plusieurs d'entre eux freinaient ouvertement il y a peu encore la radio numérique. On se demande alors les raisons véritables de la création de cette coalition du service public, des réseaux nationaux privés et du SIRTI - véritable réseau à lui tout seul.

Radio FranceComme chacun le sait, les positions des différents acteurs de ce Groupement divergent. Tout d'abord le service public avec Radio France, qui, à lui tout seul aurait pu et aurait dû, depuis bien longtemps, se lancer dans la radio numérique, comme l'a fait la BBC en Angleterre ou la Deutsche Welle en Allemagne depuis plusieurs années. Mais la Maison Ronde est une maison en rénovation et certains meubles sont assez tenaces et peu visionnaires. Dans ces conditions, il très difficile de lancer la radio numérique sans un accord entre les différents décideurs au sein de Radio France, qui exploite près de la moitié des fréquences FM du territoire.

RTL GroupRTL France, est l'initiateur de ce Groupement par le biais d'Axel Duroux et Charles-Emmanuel Bon. Etrangement, RTL France ne suit pas la position de RTL Group au Luxembourg, qui depuis 3 ans investit fortement dans le passage à l'AM numérique et dans de nouvelles fréquences AM. RTL France aurait donc rassemblé les différents opérateurs suite aux réunions du CSA et l'intervention du Ministre de l'Industrie, François Loos, aux Rencontres de l'association pour la Radio Numérique DR du 12 juillet dernier. Ce dernier avait annoncé que la radio serait multi-standard et que des décisions seraient prises d'ici la fin de l'année, suscitant un branle-bas de combat au sein des grands groupes. D'où importance de se réunir afin, sans doute, d'imposer la vision des "puissants" sur la radio numérique de demain, en passe de devnir une réalité.

NRJ GroupNRJ Group aurait joué pendant longtemps la carte du freinage, un peu comme TF1 l'a fait pour la TNT. Le nombre des fréquences exploitées par le groupe de Jean-Paul Baudecroux est impressionnant, et le business généré par la FM - mais aussi par les produits dérivés - suffit tout à fait à NRJ Group, à la griffe très puissante. Cependant, c'est un virage peu surprenant que vient d'opérer NRJ Group qui défendait, il n'y a pas si longtemps, une technologie propriétaire pour la numérisation, uniquement dans le but de défendre ses parts de marché déjà considérables.

LagarderePour sa part, le groupe NextRadio TV, exploitant les stations RMC et BFM ainsi que la chaîne BFM TV, doit absolument élargir sa couverture. Par conséquent, NextRadio TV suit toutes les initiatives lui permettant de couvrir un plus large territoire, quelle que soit la technologie. Sa démarche est donc parfaitement compréhensible. Le groupe Lagardère n'a jamais réellement eu de positionnement sur la radio numérique. Passif et attentiste, il a rejoint le mouvement sentant qu'il était temps de se manifester afin de ne pas être écarté de cette offensive. Le SIRTI, enfin, jouerait un peu les dindons de la farce. Sur l'incitation des membres influents du Groupement, le SIRTI aurait adhéré permettant ainsi de faire passer le chiffre de 80% à 90% l'audience représentés par le Groupement pour la Radio Numérique. Positionné, curieusement , sur une technologie propriétaire il n'y a pas longtemps, le SIRTI prend un nouveau virage et ce, selon nos informations, sans l'accord de ses 130 membres qui pourtant s'étaient réunis quelques jours auparavant. Enfin, selon nos sources, le CNRA aurait tenté en vain de faire partie de la réunion du Groupement au CSA. Un refus qui est compréhensible compte tenu de l'aura des associatives aux yeux des responsables membres de ce Groupement.

Le siège du CSA - (c) P. Tourneboeuf / CSAC'est donc dans la matinée du jeudi 21 octobre 2006 que le CSA aurait reçu dans le plus grand secret ce nouveau Groupement pour la Radio Numérique. Au cours de cette réunion, le Groupement aurait tout simplement apporté les solutions pour le déploiement très rapide de la radio numérique sur la Bande III (DAB/DMB) en se partageant tout simplement les ressources, sans laisser grande place à d'autres acteurs éventuels. La réunion se serait déroulée de manière assez houleuse et le Groupement, même s'il pèse 90% de l'audience en France, a sans nul doute oublié la loi. Alors quel intérêt de lancer la radio numérique sans une nouvelle offre ? L'Angleterre, exemple pionnier, possède 225 radios disponibles en numérique et principalement des nouvelles offres. Cela n'a pas changé le marché de la FM ou même de l'AM encore très écoutée sur certaines radios talk. Mais la loi oblige bien entendu le CSA à lancer des appels à candidature et à sélectionner, selon le sérieux des projets, les éditeurs de services pour les différentes fréquences disponibles. Cela sans oublier les associatives. Car même si ces radios ne pèsent que 10% selon les sondages, elles représentent une richesse et une diversité importante de par le contenu de leur programmes mais aussi des artistes autoproduits qui ne sont diffusés, à de très rares exceptions près, que sur ces radios locales ou régionales.

CSALe CSA est conscient de la tentative de manipulation par la force orchestré par le Groupement et a déjà mis en oeuvre des actions en faveur les radios associatives afin de leur donner une véritable place dans le paysage radiophonique. Les nouveaux entrants, quant à eux, se prépareraient actuellement à entrer en action et s'apprêtent à proposer des radios nouvelles, à forte valeur ajoutée et incontournables afin de contrer l'offensive des "tout-puissants". Le premier appel à candidature sera, sans nul doute, lancé pour la bande III et L avec la norme DAB. D'ailleurs, une nouvelle consultation publique sur les normes de la radio numérique en France vient d'être lancée par le Ministère de la Communication et de l'Industrie et cite le Groupement et ses positions sur le DAB. Une norme que la plupart des grands banissaient il n'y a pas si longtemps encore et avec une parfaite détermination. Etant donnée l'urgence, il est préférable pour le Groupement de maîtriser les ressources aujourd'hui, que de les voir partager équitablement par le CSA demain. Logique. Or, le DAB devient le DMB et d'ici la fin de l'année le DMB+ permettra d'avoir 15 à 17 programmes par multiplexes, au lieu de 10 pour le DMB. Le Groupement préconise alors le lancement par la norme DAB/DMB immédiatement, afin de ne pas laisser trop de place aux autres dès le démarrage. Encore logique. Avant que la France atteigne 50% du territoire couvert, il faudra bien 3 ans. Pourquoi ne pas directement lancer dès lors les appels en DMB+ ? Les capacités réelles du DMB+ sont définies et même si les radios débutent leurs émission en DAB avec les récepteurs existants, les appels à candidatures directement en DMB+ permettraient de laisser de la place à tout les prétendants, le temps d'installer tous les émetteurs et de fabriquer les nouveaux mutliplexeurs et récepteurs DMB+ encore inexistants.

DRMLe nouveau Groupement omet bien entendu la norme DRM. Même s'il évoque la numérisation de la FM et de l'AM - sans préciser s'il pense IBOC ou DRM. L'AM numérique est aujourd'hui un dossier qui pourrait être lancé immédiatement et pour lequel le Ministère de l'Industrie français a investi des millions d'euros. Mais cette nouvelle annonce du Groupement pour la promotion rapide du DAB risque fort de voir ce dossier repoussé alors que les opérateurs AM et nouveaux entrants pourraient donner un message clair aux fabricants de récepteurs pour que cette technologie soit intégrée à tous les récepteurs DAB dès aujourd'hui. Le CSA devrait donc clôre rapidement les appels à canditatures en AM afin de permettre aux opérateurs de respirer et de se lancer dans l'aventure du numérique. Le hic : les radios doivent rendre leurs fréquences pour passer au numérique plein canal, comme l'ont déjà fait certains.

Récepteur DABL'autre éventualité dont le Groupement ne parle pas, est la bande des 26 mHz. Cette bande est inutilisée et sa capacité, en terme de nombre de fréquence et de couverture, est égale à la FM. Le déploiement de cette technologie pourrait être mis en place dans les mêmes délais que les infrastructures DAB. Le coût pour les stations serait moins important qu'en FM pour la même zone de couverture. Cette bande est en fait de l'onde courte à très faible puissance. La FM, quant à elle, a de beaux jours devant elle et la radio numérique pourrait affaiblir très légèrement l'audience, mais comme on le sait, plus l'auditeur a de choix, plus il est attiré par le média. A terme, la FM sera bien entendu numérisée, mais pas avant l'extinction officielle de l'analogique. Le CSA subit aujourd'hui une pression claire du Groupement pour la Radio Numérique et l'on sait quel poids ses membres peuvent avoir au niveau politique en particulier à quelques mois d'échéances électorales nationales et locales, mais aussi à quelques mois de la fin du mandat du président Baudis qui avec son équipe, s'est fixé pour objectif de lancer la radio numérique avant la fin de l'année dans le pluralisme, la diversité et la transparence. Ce que le groupement ne voit pas nécessairement pas d'un bon oeil. Fort heureusement, une loi ne peut être contournée et de nombreuses associations et groupements professionnels comptent bien faire respecter les fondements mêmes de la démocratie.

Eléa Vidal (elea.vidal_at_radioactu.com) pour RadioActu

© MédiasActu · 2006 · Reproduction interdite sans autorisation

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Eléa Vidal pour RadioActu

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