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Alors que le CSA venait, après sa saisine, de recevoir des demandes d'expérimentations pour la bande III et la Bande L dans les technologies DAB+ et DMB, son président Michel Boyon a finalement décidé de ne pas retenir le DAB+ dans son avis rendu au Ministre de l'Industrie sans réels arguments. Explications de DigitalRadioActu.
"Le CSA est-il réellement indépendant ?" C'est la question que de nombreuses radios se posent actuellement. En effet, le Ministre de l'Industrie François Loos, lors de son discours sur le projet d'arrêté signal pour la radio numérique avait explicitement demandé l'avis du CSA sur la possibilité d'ajoindre la norme DAB+.
Le CSA, après quelques jours de réflexion, a donc renvoyé la saisine mais cette fois vers les acteurs de l'industrie. Ceux-ci devaient faire part au CSA sous 15 jours, des demandes d'expérimentations en bande III et L qui allaient être menées en indiquant que les résultats de ces tests devaient être rendus fin Juin 2007. Une des caractéristiques à définir était de spécifier le standard qui allait être utilisé pour ces expérimentations - T-DMB ou DAB+.
Mais le 27 avril 2007 dernier, le CSA annonce sur son site internet que l'Assemblée plénière du 17 avril 2007 rendait un avis négatif sur l'adjonction d'une autre norme car "Il considère que cette norme (le T-DMB) est effectivement de nature à permettre un développement rapide et approprié de la radio numérique. Sans exclure cette hypothèse, il estime qu'il serait prématuré d'adjoindre dès maintenant une norme supplémentaire dont les caractéristiques et les potentialités ne seraient pas connues avec une précision suffisante".
Le CSA prend donc clairement position en faveur des acteurs du GRN - Groupement pour la Radio Numérique. Mais le T-DMB dédié à l'Audio est une technologie qui n'a jamais été testée dans le monde. Le T-DMB est en effet en tests en Allemagne et lancé commercialement en Corée mais ce T-DMB, Allemand et Coréen, est utilisé pour la Télévision Mobile Personnelle - tout comme les tests menés en France. L'Allemagne et la Corée utilisent aujourd'hui le DAB pour diffuser la radio. GCap média en Angleterre à voulu tester le T-DMB avec l'option BIFS. Deux phases étaient prévues. Une phase tests pour la Télévision Mobile et une autre pour l'utilisation du BIFS pour de la "Radio visuelle". Après 3 mois de tests de Télévision Mobile et dès que les coréens se sont apperçus que le BIFS ne fonctionnait pas pour de la "Radio Visuelle", le projet s'est subitement arrêté. "Suite à 3 mois de tests de télévision mobile, nous devions continuer cette expérimentation afin de tester le BIFS sur les récépteurs corréens T-DMB dans le but de connaître les capacités du T-DMB audio. Depuis plus de nouvelles des coréens. Ils nous assuraient que cela marchait parfaitement, mais ce n'était pas le cas. 18 mois de travail perdus" indique Nick Piggott, Digital Content Manager de GCap Média.
Aujourd'hui aucun test ou expérimentation n'ont été réalisés en DAB+ ou en T-DMB audio. En Australie et en Angleterre, des tests de réception et de couverture ont permis de démontrer la supériorité du DAB+ sur le DAB et sur le DMB. Les acteurs du GRN semblent cependant confiants et pensent pouvoir écrire un "remux BIFS", un petit logiciel capable de lire ces données interactives qui permettent d'envoyer en temps réel des données associées au programme ainsi que de synchroniser l'audio et la vidéo. Mais les récepteurs T-DMB capables de décoder ce BIFS ne sont pas disponibles et les équipements pour la diffusion coûteront bien plus chers avec le T-DMB "à la française" - plus de 394 brevets sont déposés uniquement pour les récepteurs T-DMB.
Il paraît donc étonnant que le CSA juge donc le T-DMB "de nature à permettre un développement rapide et approprié". Le CSA précise également que "la coexistence de plusieurs normes risquerait de rendre plus complexe la régulation des services de radio numérique". Or, au contraire, la coexistence de plusieurs normes donnerait au CSA la possibilité de jouer son véritable rôle d'autorité de régulation en permettant d'une part à plus de radio de voir le jour sur la radio numérique et d'autre part de pouvoir, selon les projet et les moyens des éditeurs de services, leur donner liberté de faire de la "Radio Visuelle" - en T-DMB, si cette technologie fonctionne - ou de la radio avec données associées - en DAB+. Si le CSA se trompe en ne validant aujourd'hui qu'une seule norme, il suffira simplement, après que Radio France ou le GRN ait payé la note des expérimentations T-DMB comme cela avait été annoncé, qu'un amendement soit fait dans l'arrêté technique, et que le DAB+ voit le jour sur les mutliplexes début 2008. Il est donc étonnant que le CSA n'ait pas voulu gagner du temps et ajouter le DAB+ dès maintenant, mais il s'agit bien là de la même erreur qu'avec la TNT (lors du choix des normes MPEG 2 / MPEG 4).
Il semble donc de rigueur de suivre les volontés des plus forts et que la décision du CSA, organe indépendant garant de l'équité, s'engage dans une décision qui sera tout sauf équitable pour les plus petites radios françaises qui n'auront pas les moyens de se payer un encodeur à 20000€ requis par la norme choisi. Le CSA conclut son avis par "la nécessité de permettre à l'ensemble des catégories de services de radio à la diffusion numérique, afin de préserver le pluralisme auquel il a toujours été profondément attaché. Il estime donc indispensable que les pouvoirs publics créent un dispositif financier pour aider à la numérisation des radios associatives, qui accomplissent une mission de communication sociale de proximité". Le T-DMB étant 3 fois plus cher en terme de diffusion que le DAB+ à capacité équivalente en terme de données associées, c'est donc l'état et le contribuable qui paieront la note du T-DMB s'il prouve ses capacités. C'est bien dans la ligne de ce que désire le GRN qui aimerait qu'un minimum de radios existantes voient le jour sur la Radio Numérique et qui ne veulent surtout pas de nouveaux entrants. La mutliplication des webradios des grands groupes français en est la preuve. Oui au développement de thématiques qui appartiennent déjà à des groupes. Non à tout le reste. On peut d'ailleurs se poser la question de ce financement proposé par le CSA à l'heure où le FSER ne cesse d'être remis en question.
Des demandes d'expérimentations en DAB+ et en T-DMB ont été envoyés au CSA par différents acteurs. Les résultats de ces expérimentations doivent être rendues avant fin Juin au CSA par les acteurs de l'industrie et les opérateurs techniques. Pourquoi le CSA a-t-il demandé ces expérimentations alors qu'il annonce dès maintenant que le T-DMB est la norme retenue ? La saisine est donc de retour dans les mains du Ministre de l'Industrie et va - ou vient de - partir pour Bruxelles afin que cet arrêté soit validé au niveau européen. La France, qui pouvait dès maintenant jouer un rôle majeur de pionnier de la radio numérique mutlistandard en Europe, vient de s'enfermer dans un choix qui rappelle étrangement le SECAM lors du lancement de la télévision analogique ou du MPEG 2 lors du lancement de la TNT. Jamais deux sans trois.
Eléa Vidal (elea.vidal_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2007 · Reproduction interdite sans autorisation
http://www.digitalradioactu.com/actualites-radio-numerique/72774/csa-une-norme-constestee-pour-la-radio-numerique/
Eléa Vidal pour RadioActu
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