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05/12/2007

Radio numérique - Le choix à haut risque de la France

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Avec la signature ce mercredi 5 décembre par Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication, de l'arrêté fixant le T-DMB comme norme de diffusion de la radio numérique, la France s'engage dans une voie à haut risque. Cet arrêté a été signé alors que les diffusions expérimentales se poursuivent à Paris.

Radio numérique - Le choix à haut risque de la France Après l'annonce en mars dernier des normes retenues par la France pour la diffusion de la future radio numérique, Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication, a donc signé l'arrêté technique validant ces choix technologiques. Le DRM a été retenu pour la numérisation de bande AM, tandis que le T-DMB sera la norme de diffusion pour les bandes III et L. Le gouvernement français, sous la pression intense des grands groupes privés commerciaux et publics, a donc cédé à un lobbying politique qui aura duré plusieurs mois. C'est donc la logique du plus fort qui l'a emporté. Avec de nombreux risques commerciaux et techniques. En effet, bien qu'issu de la famille DAB, le T-DMB est une norme initialement conçue pour la diffusion de la Télévision Mobile Personnelle. Elle comporte donc logiquement une couche vidéo qui réduit d'autant l'espace alloué à l'audio (donc le nombre de stations disponibles), et un coût de diffusion très sensiblement plus élevé que le DAB+, norme spécifiquement dédiée à la diffusion numérique de la radio et écartée par le gouvernement.

GRNAujourd'hui regroupés au sein du GRN, un groupement créé en septembre 2006, les grands opérateurs commerciaux et publics français avaient opté pour le T-DMB, au risque de conduire la France à un isolement technologique au sein de l'Europe. Ces mêmes groupes s'étaient pourtant longtemps montrés réticents au déploiement de la radio numérique, pourtant expérimentée depuis plus de 10 ans dans notre pays. En effet, l'une des raisons d'être de la radio numérique est de permettre un enrichissement de l'offre existante, avec l'arrivée de nouveaux entrants et de programmes originaux... au détriment bien sûr des parts de marché des grands groupes historiques occupant tout l'espace d'une bande FM aujourd'hui saturée. Des groupes bien déterminés à préserver leurs audiences actuelles. Si la TNT fut un succès, c'est notamment grâce à une offre hertzienne gratuite multipliée par 3 et à sa compatibilité avec les téléviseurs existants. Les clefs de la réussite de la radio numérique sont les mêmes. Or, le choix du T-DMB par la France sous la pression du GRN va considérablement limiter la possibilité d'enrichissement de l'offre. Comment les opérateurs et le gouvernement vont-ils convaincre les consommateurs de renouveler entièrement leurs récepteurs de radio actuels, incompatibles avec la radio numérique, pour recevoir une offre globalement équivalente à celle de la FM ?

Crédit photo : SatellifaxAlors, le T-DMB est-il un réel choix de conviction ou en fait un choix stratégique des opérateurs actuels pour préserver leurs parts de marché et restreindre l'accès à de nouveaux entrants dans la radio numérique ? La question mérite d'être posée. Déjà l'année dernière, le SIRTI avait pris position pour une simple numérisation de la FM existante selon la norme américaine IBOC. Un choix curieusement abandonné sans explications quelques mois plus tard au bénéfice du T-DMB. Les intérêts du SIRTI, représentant les radios régionales, rejoignaient alors ceux des grands groupes commerciaux nationaux. Au-delà de la question de la norme, de nombreuses questions vont désormais se poser aux opérateurs et au régulateur qu'est le CSA. Et en premier lieu, la composition des futurs multiplex qui vont accueilir les radios analogiques, qui vont toutes devoir trouver leur place en numérique. Combien de radios ces multiplex T-DMB seront-ils réellement capables d'accueillir dans des conditions techniques acceptables ? Comment le CSA va t-il réussir à transposer au moins l'intégralité de la bande FM existante, en particulier à Paris, sur le numérique avec cette norme ? Comment les opérateurs sur les multiplex nationaux seront-ils sélectionnés et selon quels critères ? Comment le CSA va t-il enrichir l'offre tout en préservant la qualité audio des stations ? Comment la bande passante à l'intérieur des différents multiplex sera t-elle répartie ? Qui assurera la diffusion de ces multiplex ? Comment convaincre les auditeurs de s'équiper pour recevoir la radio numérique ?

Crédit photo : SatellifaxAutant de questions auxquelles la Ministre de la Culture n'a esquissé que quelques réponses, parlant d'une "meilleure couverture du territoire" et d'un "choix très attendu par les très nombreux et fidèles auditeurs". Certes, mais même si le CSA a laissé entendre qu'au moins 50% de la population serait couverte par la radio numérique dès la première année, il y a fort à parier que les zones rurales attendront plus longtemps l'arrivée du numérique. Enfin, la question centrale du coût de diffusion n'a pas été abordée. Pour un réseau national, le coût de la diffusion numérique en T-DMB devrait atteindre 3 à 4 millions d'euros par an. Si la Ministre estime que la radio numérique sera "un vrai levier de développement et d'innovation pour l'industrie numérique de notre pays", les opérateurs vont néanmoins devoir supporter pendant plusieurs années au moins les frais liés à une double diffusion analogique-numérique. Si les grands groupes pourront financer cette charge supplémentaire sans trop de difficultés, la question va se poser de manière aigue pour les radios régionales, à l'économie plus fragile, mais surtout pour les radios associatives.

République FrançaiseCes dernières, pourtant écoutées par 1.5 million d'auditeurs, étaient les grandes absentes aujourd'hui lors de la signature de l'arrêté technique. Il faut dire qu'elles avaient opté pour une diffusion en DAB+, moins onéreuse et plus adaptée aux réels besoins de la radio. Ces dernières ont-elles été sacrifiées aujourd'hui sur l'autel de la radio numérique commerciale ? Même si le gouvernement affirme qu'il "portera une attention toute particulière aux acteurs les plus fragiles", ces stations vont aborder une phase difficile de leur existence. Alors le CSA, qui a toujours affirmé vouloir défendre les opérateurs associatifs, va devoir répondre à leurs nouveaux besoins de financement. Si les grands opérateurs français affichent aujourd'hui leur satisfaction, il est probable que l'offre de la future radio numérique et des quelques améliorations interactives qui résulteront de l'adoption du T-DMB ne suffisent pas à convaincre les auditeurs, en particulier les plus jeunes, de plus en séduits par des supports et des offres alternatives plus riches et plus en phase avec leurs modes de consommation des médias numériques convergents. Alors la France vient peut-être aujourd'hui de rater le virage de la radio numérique.

Crédit photos : avec l'aimable autorisation de Satellifax

Eléa Vidal (elea.vidal_at_radioactu.com) pour RadioActu

© MédiasActu · 2007 · Reproduction interdite sans autorisation

http://www.digitalradioactu.com/actualites-radio-numerique/82878/radio-numerique-le-choix-a-haut-risque-de-la-france/

Eléa Vidal pour RadioActu

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