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29/01/2008

Tribune Libre - DMB ! la Radio Numérique Mondiale n'a pas besoin de tes services

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A l'heure où la mondialisation s'invite chez nous, une poignée de décideurs français vient de faire, pour la radiodiffusion de demain, sa petite tambouille, selon les méthodes héritées de l'époque où la France dictait à son marché intérieur la façon dont il devait se comporter (Tribune Libre de Gilles Misslin).

Tribune Libre - DMB ! la Radio Numérique Mondiale n\'a pas besoin de tes services La décision du gouvernement en faveur de la norme DMB, plutôt qu'une autre, ou plutôt qu'aucune norme, résulte d'un processus de concertation au cours duquel les groupes et personnalités fortes de leur fortune, de leur pouvoir, de leur carrière, de leurs intérêts personnels ont été assurément écoutés et mieux entendus que les autres. En optant pour un standard sensiblement différent (DMB) de celui adopté par quelques voisins européens (DAB/DAB+), la France refait à la radiodiffusion, le coup (fumant encore !) de la norme SECAM qu'elle avait choisie en 1969 pour sa télévision.

En optant pour la norme DMB, le gouvernement n'a vu que le potentiel incroyable de ces postes de radios révolutionnaires made in France qui promettent de doper chaque programme radio d'une image par seconde. Que TF1 se rassure, la diffusion de ces images ne sera pas de la télévision (il n'y a pas assez de bande passante dans le DMB) mais une sorte de diaporama accompagnant le programme radio. Hum. Nous voici revenus aux temps du cinématographe, du Minitel ou du Bi-bop. La diffusion d'images qui caractérise le DMB, se fera au détriment de la bande passante globale et donc au détriment de la pluralité et des nouveaux entrants : la norme DMB remplit ainsi l'objectif des grands réseaux radio français.

Une image par seconde avec le DMB ? Nos jeunes poufferont de rire devant un récepteur DMB ou décerneront à ce standard le trophée de la bouffonnerie technologique. Quel avantage trouveront-ils au poste DMB face aux performances d'un téléphone mobile 3G dont certains modèles offrent déjà la connexion à n'importe quelle station de radio du monde entier, accompagné d'images venues de l'internet mobile, de clips et autres stimulis, avec en prime l'interactivité ludique et marchande?

Quant aux plus vieux, ils ne manqueront pas de se souvenir qu'on leur avait promis publiquement des récepteurs en vente à la FNAC pour noël 1996. 11 ans après, voici le même loup qui est de retour... Peut-on encore y croire ?

Dans l'hypothèse où quelques émetteurs DMB venaient à voir le jour, l'écoute de ces nouvelles diffusions hertziennes serait jalonnée de zones d'ombres. Celles-ci seront alors matérialisées par de vrais silences aux endroits où la FM et son RDS font encore bien le boulot, quitte à passer en mono ou à grésiller. Il est probable que l'infrastructure DMB - qui par construction est condamnée à se déployer ex-nihilo -, sera victime de l'envol des charges liées à la multiplication des supports de diffusion qui pèsent aujourd'hui sur les éditeurs de programmes.

Vue sous l'angle de l'internet fixe, les habitudes d'écoute de la radio se développent discrètement. Des opérateurs de diffusion live comme CreaCast observent pour certains programmes, une augmentation de l'audience de près de +10% par mois. Une lame de fond se prépare. Amener un programme radio live spécifique pour chacun des 60 millions de français via internet et en qualité CD, nécessiterait une bande passante internet cumulée de 2000 Gigabits/s (=2000000 Megabits/s ou encore 2 Terrabits/s). Cette évaluation amusante, à la limite de l'absurde, aboutit en fait à des ordres de grandeur que manipulent déjà les opérateurs internet et transporteurs de flux de données actuels. A lui seul, le routeur phare de la gamme du constructeur américain Juniper sait aiguiller pour près de 1000 Gbit/s de trafics individuels; chaque ville de plus de 200000 habitants compte au moins un routeur internet de ce calibre...

S'agissant de l'internet en mobile, quoiqu'en disent les Wifis et les Wimax, ce seront les opérateurs de téléphonie mobile qui nous serviront l'internet à chaque coin de rue. Cet internet sera à l'image de la puissance de feu technique et économique des opérateurs de téléphonie mobile : une continuité outdoor et indoor inégalée, un maillage et un handover de plus en plus performants. Comme pour l'internet fixe, la facturation de l'internet mobile "à l'accès" (forfait) se substituera à l'actuelle facturation à l'acte (volume ou durée). Pour les constructeurs de téléphones portables, le haut débit en mobile, la 3G et les services media associés constituent, après la téléphonie traditionnelle, la prochaine opportunité majeure de la décennie à venir... L'évolution actuelle de leurs cours de bourse en témoigne.

Alors qu'aucun émetteur DMB n'a encore été exploité en France et qu'il n'existe pas un récepteur DMB distribué sur le marché européen, on se préoccupe déjà de gérer la pénurie spectrale pour ce nouveau standard. Comment défendre l'espoir de milliers de stations de radios, de web radios, associatives locales, et de projets de radio alternatifs? Par avance et par calcul, on sait que le système DMB n'en accepterait que quelques unes et à un coût d'insertion locale très supérieur à celui d'un programme national. Pour tenter d'influer sur le résultat de cette loterie, le cirage de pompes des décideurs, les danses du ventre des syndicats, et le ballet des lobbies a commencé. Tout le monde se précipite sur la ressource annoncée et beaucoup en ignorent l'issue. La majeure partie des projets pluralistes, inédits et originaux sera écartée du spectacle hertzien nouvellement promu. Les projets indépendants qui réussiront à tirer leur épingle du jeu se compteront sur les doigts d'une main et serviront de cache sexe. Ils seront dépouillés par les investissements qu'auront engendré leur espérance, avant même d'accéder au statut "on air", puis ils seront "rachetés" ou "récupérés"... en vingt ans de radio on connaît bien la chanson, c'est un tube.

Les grands groupes, forcément initiés, se partageront l'essentiel du gâteau. Les voilà à la manoeuvre pour pouvoir opérer les futurs multiplex DMB. Chaque groupe radio parisien actuel aura bien pris soin de proposer une multitude de programmes thématiques "très originaux", "tout à fait inédits", "bien clean" fabriqués en quelques clics grâce à des systèmes de radio-automation, qui seront concentrés sur quelques mètres carrés. Là aussi, on joue un air déjà connu.

Entre la décision d'un gouvernement qui croit encore influer sur l'avenir des médias, et la décision du marché, n'importe qui est en mesure de deviner lequel l'emportera, tout compte fait. L'internet comme vecteur pour la radio de demain (numérique évidemment), ce sera assurément le choix de nombreuses stations de radios, à l'instar de ces artistes connus et inconnus qui abandonnent leurs maisons de disques devenues "has been" pour se vendre, "en direct", sur la toile. En fait, l'internaute, libre dans ses choix, fait exploser progressivement les concepts de "distribution", de "diffusion" tant sous l'angle technique que commercial. A la maison, sur son mobile, dans sa voiture, dans les transports en commun, la formidable ubiquité de la radio épousera celle naissante de l'internet mobile. La radio FM trouvera ainsi son digne successeur.

En 100 ans, nous serons passés d'une diffusion radio nationale monolithique de masse (grandes ondes) à une diffusion multiforme individuelle, personnalisée et interactive. Dans un monde où la liberté de l'individu prime, il s'agit d'une tendance irréversible.

Les 10 ans à venir seront les années de construction de l'internet mobile et de l'internet "medias". Tous les fournisseurs d'accès internet ont ouvert leurs portails de programmes radio en ligne que l'on écoute sous une forme ou sous une autre. Baracoda, Medion, Terratec, Sonos, Philips, Sagem, sont autant de constructeurs qui proposent depuis quelques mois des "transistors wifi" pour la maison et des services pionniers en la matière. Ils sont d'ores et déjà relayés par les Nokia et autres fabricants d'équipements de téléphonie et de connectivité hyper nomades dont les applications font émerger, depuis peu, des solutions pour l'écoute de la radio par flux sur internet. Toutes ces solutions favorisent l'émergence de flux "unicast" qui éliminent progressivement les traditionnelles techniques de diffusion (broadcast, multicast). Et pour finir, l'internet nous réserve le joker IPV6, une évolution de protocole et des mesures au service de l'ubiquité et de l'individualité des terminaux.

Le gouvernement français a tenté de réduire la Radio Numérique en l'associant au standard DMB qu'il vient de retenir. Heureusement, personne ne sera dans l'obligation d'adopter ce standard car l'internet émet déjà la Radio en Numérique dans le monde entier et les Radios inédites, originales et pluralistes y sont déjà avec toutes les autres d'ailleurs.

Gilles MISSLIN
Président de CreaCast, opérateur européen de diffusion live sur internet, www.creacast.com
Expert indépendant en radiodiffusion - cabinet CTIC, www.ctic.fr

Gilles Misslin (gilles.misslin_at_gmail.com) pour RadioActu

© MédiasActu · 2008 · Reproduction interdite sans autorisation

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Gilles Misslin pour RadioActu

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